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LETTRE OUVERTE A MON TRES CHER COUSIN BARACK OBAMA : Tes ancêtres, les Luo, sont bel et bien les fondateurs de la civilisation égyptienne

Très cher cousin Barack Obama, j’ai été tellement touché, ému et ravi de te voir en Père Noël 2018 avec des enfants malades de Children’s National, à Washington que cela a déclenché en moi une vive affection fraternelle lointainement cousine qui m’a convaincu que le Père Noël n’existait pas que pour les enfants. Et voici pour toi aussi un «Cadeau de Nubie» pour répondre à l’une de tes anciennes interrogations de jeunesse sur tes origines, si et seulement si tu n’en as pas déjà eu la réponse depuis...

A ceux qui ne connaissent pas nos bonnes et vieilles traditions Luo, je me dois d’emblée de demander des excuses. Et je pense notamment peuple américain dont tu es maternellement issu ainsi qu’à bien d’autres lecteurs occidentaux pour qui les traditions africaines en général sont du domaine de l’inconnu, pour ne pas dire de l’archaïque. Mais pour un Africain comme moi, il a beau connaître d’autres cultures ou en être imprégné, les bonnes traditions ne sont jamais ni archaïques ni rétrogrades. C’est en vertu de ces dernières que je ne peux et ne dois aucunement te vouvoyer. Sous aucun prétexte! Que ceux que ça choqueraient éventuellement daignent bien m’en pardonner, parce que tout simplement le vouvoiement n’existe pas chez nous les Luo. En effet, nos ancêtres, les Luo, ne faisaient guère de différence entre un homme et un homme. Quel que fût son âge ou sa fonction. Et rien n’y a changé encore de nos jours.

Dans ma toute première lettre ouverte à toi adressée le 07 novembre 2012, je m’étais fait fort d’expliquer les origines de ton nom Obama en écrivant

ceci: « Obama est composé de deux noms : Ouoro qui a été grécisé en Horus (dieu faucon en Grec) et Bama ou ceux qui font le rituel traditionnel d’initiation des Luo. Ouoro dont la forme elliptique est O était le symbole du pouvoir du temps de nos ancêtres, les Luo. De nos jours encore, tout chef ou président de la République porte le nom de Ouoro ou Wollo. Du temps de nos ancêtres, le Wollo ou Ouoro cumulait la fonction politique avec la fonction religieuse. D’où le Bama qui suit le nom Ouoro ou Wollo. En fait, Obama est un diminutif de Wollo-Bama ou Ouoro-Bama. Si je dois conclure sans entrer dans les détails, cela signifie que ton ancêtre duquel tu as hérité ce patronyme était le chef chez qui toute la tribu devait sacrifier au rituel traditionnel d’initiation et de passage à l’âge adulte. Voilà, cher cousin, pour la petite histoire ».

Je me dois cependant de préciser que si la fonction d’Obama était intimement liée au leadership de la tribu, celle d’Ondo ou Ouondouo ou Wondouo était spécifiquement attribuée à un membre de la tribu qui était d’office le père de l’Enfant-Roi appelé Ouosso ou Wosso ou Osso uniquement à l’occasion d’un rituel d’initiation au cours duquel cet Enfant-Roi était le porte-drapeau.

Depuis que j’ai su que tu as des origines Luo, je n’ai cessé de t’appeler mon très cher cousin. Non pas uniquement pour plaisanter, mais parce que nous sommes effectivement cousins de par nos ancêtres, les Luo. Il n’y a aucun doute possible là-dessus. Tous les Luo (le peuple Luo comprend plusieurs branches), en outre, sont issus du grand groupe Nouer ou Nuer du Soudan, ancestralement et sempiternellement rival des Dinka. La légende veut que le Dinka soit l’ainé et le Nouer le cadet. Et, entre l’aîné et le cadet, l’entente ne fut pas toujours cordiale. Il s’agit là d’une autre constante que l’on retrouve dans les différents mythes fondateurs des peuples issus de la Vallée du Nil et qui, malheureusement, trouve une résonnance actuelle dans le conflit au Soudan du Sud à travers la guerre intestine entre le Président Salva Kiir et Riek Machar.

Mon très cher cousin, non seulement nous appartenons tous deux à la même tribu ou lignée des Luo, mais à la même sous-branche des Noun-YoLuo ou Noun YaLuo ou tout simplement YoLuo ou YaLuo. En 2014, au Festival Aké du Livre et des Arts (Aké Arts and Book Festival) qu’organise à Abeokuta au Nigeria Lola Shoneyin, la belle-fille du Prix Nobel de Littérature Wole Soyinka, j’ai rencontré, par un heureux hasard, notre chère cousine Christine Asir Otieno. Elle est originaire du même village de Kogelo que ta famille et travaille à la BBC (en plus d’être ma cousine, c’est ma consoeur aussi), et nous avons passé à l’occasion du temps à parler de choses et d’autres, notamment de l’histoire des Luo qui reste à écrire du reste. Rencontre certes inattendue mais très détendue de deux cousins séparés par les vicissitudes du passé et de l’histoire de la Nubie Antique. A ma consoeur et cousine Luo, j’ai expliqué de vive voix l’histoire de la migration des Luo du même Soudan jusqu’en République du Bénin actuel tout comme tes propres ancêtres directs en étaient partis à destination du Kenya actuel.

L’Histoire de l’Afrique Noire ne se décrypte pas aussi simplement et facilement par les sources orales ou archéologiques ainsi que beaucoup tentent de nous le faire croire. Elle a ses codes secrets qui sont faits à la fois d’éléments linguistiques, rituels, d’objets, etc. qui en constituent, in fine, une espèce d’ADN qu’il faut d’abord impérativement décoder avant d’y accéder. Que l’on soit Africain ou non, c’est du pareil au même. Cela ne vaut pas uniquement que pour des personnes étrangères à la culture africaine.

J’ai bien dit tantôt ObamaOtienoKogelo et j’ajoute OnyangoAlegoSigomaOgeloOtondiObongoOkothOyipo …, tous de vrais noms Luo qu’aucun Natemba (Noun-YoLuo ou Noun YaLuo de son nom originel) du Bénin actuel ne peut avoir du mal à reconnaître. Pour peu qu’il connaisse et ses traditions et son histoire propre. Rien qu’à la toute première consonance, un Luo sait qu’il est en présence d’un autre Luo, parce qu’il s’agit de noms éminemment tribaux. Et pour cause, une personne a beau être d’origine africaine, elle ne peut en aucune manière accéder à l’histoire d’une autre tribu (ndlr : les historiens africains préfèrent dorénavant le mot « lignée » au mot « tribu »), voire de sa propre tribu tant qu’elle n’a pas accès aux codes. A plus forte raison une personne de culture non africaine, et cela quelle que soit son érudition, même lorsqu’elle est bien accueillie dans le milieu où elle entreprend ses recherches. Encore faudrait-il que les Anciens lui ouvrent les portes des secrets. C’est bien là toute la complexité de la recherche historique sur le passé de l’Afrique Noire.

Depuis presque une décennie maintenant, je tiens le même discours concernant les Dravidiens de l’Inde contre nombre d’Indianistes (heureusement pas tous…) et parfois à mon corps défendant. Seulement voilà:  les dernières recherches archéologiques tendent bien à me donner raison sur le caractère du métissage noir de façon prédominante dans les peuples du Sud de l’Inde dravidophone. Avec une origine lointaine intimement liée à la Nubie antique non seulement de par les objets ou la culture matérielle mais aussi et surtout la langue et l’histoire la plus ancienne du pays. Ainsi qu’en attestent, du reste, les tests génétiques sur l’homme de Rakhigarhi et qui montrent comme on peut le lire dans cet article de Radio France Internationale (RFI) Inde: à Rakhigarhi, une découverte archéologique qui chamboule tout que « …les premiers Indiens à avoir formé une civilisation urbaine ressembleraient davantage à ces êtres à la peau foncée du Sud. Et les Indiens de grande taille et à la peau claire ne seraient que des immigrés arrivés après cette période de genèse merveilleuse » (Ndlr : 4500-year-old DNA from Rakhigarhi reveals evidence that will unsettle Hindutva nationalists : https://www.indiatoday.in/magazine/cover-story/story/20180910-rakhigarhi-dna-study-findings-indus-valley-civilisation-1327247-2018-08-31 ). Ou encore lire cet autre article de la British Broadcasting Corporation (BBC): 

How ancient DNA may rewrite prehistory in India (Comment l’ancien ADN peut réécrire la préhistoire en Inde): https://www.bbc.com/news/world-asia-india-46616574?ns_campaign=bbcnews&ns_mchannel=social&ocid=socialflow_facebook&ns_source=facebook

Cette digression faite, mon très cher cousin Barack Obama, au moment où je t’écrivais pour la première fois, je te découvrais à peine avec ta formidable campagne électorale. Je faisais partie de ces millions des gens qui s’étaient privés de sommeil en Afrique pour connaître l’épilogue de cette campagne avec ton accession à la Maison Blanche, toi qui n’est pas tout à fait blanc pour ainsi dire. Comme je l’ai toujours dit et répété, ce n’était pas parce que nous nous attendions que tu prennes l’argent du contribuable américain pour venir aider l’Afrique Noire, loin de là notre enthousiasme. C’était tout simplement parce que tu incarnais – et bien que depuis de l’eau ait coulé sous les ponts -, tu incarnes toujours une certaine image et un certain espoir que le vivre-ensemble est possible dans nos sociétés d’homme actuelles, indifféremment de la couleur de peau, des origines, des confessions, etc. Et je t’assure en même temps que je veux que mes lecteurs me croient, ce n’est point parce que tu es mon très cousin que je te flatte…Tu sais bien que chez les Luo, la flagornerie n’a pas droit de cité, car considérée comme un délit anciennement, le flagorneur étant passible de bannissement, voire !

J’ai eu le grand plaisir de lire, en cette année 2018, la version française de ton livre autobiographique intitulé  Les rêves de mon père. J’en ai déjà fait une critique et je ne vais pas me répéter ici, au risque de prêter le flanc à ceux qui cherchent la moindre faille pour nous dire que les Luo ont bien changé depuis les fondateurs de la brillante et extraordinaire civilisation égyptienne. Je n’en doute point. Mais leurs principes de vie, eux, n’ont guère changé. En effet, au chapitre de ces années où tu faisais ta quête d’identité dans ta jeunesse, je suis tombé sur un passage qui ne pouvait nullement me laisser indifférent. Etant donné que cela fait maintenant des années que je m’évertue, autant que faire se peut, à dire comme ce proverbe mexicain : « Ils ont essayé de nous enterrer. Ils ne savaient pas que nous étions des graines. »

Aux pages 83-84 de la version française  Les rêves de mon père, tu dis ceci:

« Un samedi, je me rendis à la bibliothèque publique proche de chez nous et, avec l’aide d’un vieux bibliothécaire à la voix rauque charmé par mon sérieux, je dénichai un livre sur l’Afrique de l’Est. Sauf qu’on n’y faisait aucune allusion aux pyramides. En réalité, les Luos n’avaient droit qu’à un court paragraphe. Je découvris que le terme « nilote » décrivait un certain nombre de tribus nomades originaires du Soudan et établies le long du Nil Blanc, très loin du sud de l’empire égyptien. Les Luos élevaient du bétail et vivaient dans des huttes de boue, mangeaient du maïs, des ignames et quelque chose appelé millet. Leur costume traditionnel était un pagne de cuir. J’abandonnai le livre ouvert sur la table et sortis sans remercier le bibliothécaire ».

Je dois avouer que tu ne croyais pas si bien faire en cherchant dans tes racines africaines un lien quelconque entre les Luo et les pyramides d’Egypte. A présent, mon très cher cousin Barack Obama, tu peux retourner à la bibliothèque ou à Kogelo pour poursuivre tes recherches encore si le cœur t’en dit.

Pour ma part, je dis, je persiste et je signe que ce sont les Luo, partis du Soudan (ancienne Nubie ou Pays de Kouch), qui ont fondé ce qui va devenir plus tard la brillante et extraordinaire civilisation de l’Egypte pharaonique, celle qui a bâti les pyramides. Et je voudrais ici inviter publiquement qui pense le contraire au débat. Alors seulement, je sortirais mon « Joker » dans la pure tradition Luo. En convoquant nos ancêtres, les Luo à l’occasion. Car il s’avère on ne peut plus important aujourd’hui plus qu’hier encore de déconstruire certaines mésinterprétations ou falsifications avant qu’il ne soit définitivement trop tard.

Les descendants de ces Nubiens anciens et de ces Egyptiens anciens n’ont pas disparu totalement de la surface de la terre. Ils sont bel et bien encore vivants en Afrique Noire à travers de nouveaux peuples. Si j’en parle en me référant à mon propre peuple, les Natemba actuels, c’est que quand tous les autres ont fondu dans les nouvelles religions ou dans d’autres cultures, ce sont eux qui ont gardé les traditions les plus invétérées de leur pays d’origine. Les langues en premier. Toute chose qui m’a très tôt à la fois intrigué et fasciné. Mieux, contrairement à ce que beaucoup croient, leurs langues n’ont pas beaucoup évolué et demeurent tout aussi intelligibles avec les anciennes langues de la Vallée du Nil. Et c’est tout ce qui remet définitivement en cause la longue et vaine tentative de falsification de l’histoire de l’Egypte ancienne en tant que civilisation « négro-africaine » pour utiliser une expression quelque peu polémique de nos jours (ndlr : les historiens africains préfèrent dorénavant le mot « noire africaine » ou « d’Afrique noire » au mot « négro-africaine »). Enfin, puisque l’actualité est à la restitution des biens culturels spoliés à l’Afrique par l’Occident, j’espère qu’on n’oubliera pas d’y inclure dans cette perspective la restitution sans équivoque ni sous-entendus de l’Egypte antique à l’Afrique Noire. Dont acte !

Par Marcus Boni Teiga

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