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KABA : HEROS NATIONAL DU BENIN ET GRAND RESISTANT AFRICAIN A LA COLONISATION.

Les hauts fourneaux de Datawory qui ont servi aux résistants à fabriquer des armes utilisées contre les troupes coloniales françaises en 1917.

C’est dans le contexte de la Première Guerre mondiale (1914-1918) qui vit s’opposer notamment la France à l’Allemagne, que l’administration coloniale de l’Afrique Occidentale Française (AOF) décida d’imposer la conscription aux territoires qu’elle était en train d’occuper en Afrique. Ce qui va définitivement mettre le feu aux poudres quand KABA, chef d’un petit village du nom de Pélima au Bénin, alors Dahomey, refusa de laisser partir son neveu ou l’un des siens. Car il considérait que les fils de l’Atacora n’étaient en rien concernés par cette guerre qui se déroulait à des milliers de kilomètres de chez

eux. Et que si les Français trouvaient anormal qu’un autre peuple occupe leur territoire, ils n’avaient pas à faire la même chose à l’endroit des peuples d’Afrique. Les aveux de Gabriel Louis Angoulvant, alors Gouverneur Général de l’AOF à Dakar au Sénégal sur la situation en disent long : « Nous n’avons pas en réalité à réprimer une rébellion qui n’existe pas au fond. Les Somba, partisans de l’agitateur KABA, eux-mêmes ne peuvent pas être considérés comme de véritables rebelles puisqu’ils n’ont jamais reconnu en fait qu’ils furent nos sujets. Ils ont toléré notre souveraineté tant qu’elle ne leur a pas semblé gênante. »

L’une des nombreuses galeries dans lesquels les résistants allaient chercher le minerai de fer pour forger leurs armes.

Les troupes coloniales vont recevoir l’ordre de mettre hors d’état de nuire ce KABA qui risque de compromettre l’avancée de l’entreprise coloniale en direction de l’hinterland. Et partant de là, éclata en 1914 la guerre de résistance qui va durer trois ans. L’Opération fut baptisée la « Colonne de l’Atakora ». Des combats se dérouleront dans une bonne partie du massif montagneux de l’Atacora. En l’occurrence à Wooroukou Tambou, Niarissera, Kouaténa, Tayakou et Data-Woory sur les territoires des communes actuelles de Kouandé, Natitingou, Toucountouna, Tanguiéta et Cobly. Soit dans un rayon de plus de cent kilomètres à la ronde de l’épicentre. Le Capitaine Renard fut nommé spécialement et élevé à titre exceptionnel au grade de Commandant pour mater la résistance. KABA résista aux assauts de trois compagnies d’infanterie pourtant mieux armées que ses guerriers et lui. Et le Commandant Renard dut faire appel à des renforts en armes et en hommes de Dakar, la capitale de l’AOF, mais aussi de Niamey au Niger pour venir à bout de ses hommes. Le dernier affrontement donna lieu à ce que l’on connait aujourd’hui comme le massacre de Data-Woory le 7 Avril 1917. 

Deux des petits-fils de Kaba sur le chemin qui mène au premier camp des Résistants à partir de 1914 et situé dans la montagne à quelques kilomètres du village de Pélima.

D’après Emmanuel Tiando, Professeur d’Histoire à l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin, à la fin de cette journée de combat du 7 avril 1917 : « Plus de 400 cadavres déchiquetés (…) jonchaient le ravin au milieu des éclats de roches. On comptera 320 prisonniers. La colonne enregistra 3 tirailleurs tués et 27 blessés. Il fut consommé 19 obus, 39 grenades et 26000 cartouches ». Même ses adversaires furent contraints à l’admiration face à l’audace de KABA, son intelligence, sa stratégie, sa ténacité ou tout simplement son leadership, ainsi que l’administration coloniale française en laissa trace elle-même dans les archives du Bénin, ex Dahomey. Car, par-dessus tout, l’exploit que KABA réussit fut de fédérer toute la multitude de peuples de l’Atakora et de les unir sous ses ordres autour d’idéaux communs, à savoir l’indépendance et la liberté.

De cette intelligente et audacieuse résistance, il subsiste des sources orales, des témoignages écrits de l’administration coloniale elle-même en termes de correspondances et de comptes rendus. Mais beaucoup reste à écrire non seulement sur KABA mais également sur la résistance qu’il a menée et pour laquelle l’administration coloniale a reconnu dans des écrits ses qualités de chef et d’organisateur, son intelligence militaire, et son courage. En effet, ce qui fait la singularité de KABA, c’est qu’aucun soldat des troupes coloniales ne l’a aperçu ne serait-ce qu’une seule fois et ne peut dire par conséquent à quoi il ressemblait jusqu’à sa disparition. L’homme ayant utilisé à merveille la tactique de la guérilla. Le Commandant Renard et ses hommes ne firent que déduire qu’il était mort dans leurs bombardements de la grotte de Data-Woori sans que son corps ait été formellement identifié. Mais pour les traditions orales, KABA n’a pas été tué: il a tout simplement disparu. Mystérieusement.

Un pan de mur, dernier vestige du Camp militaire de l’administration coloniale française à Ganikpérou, non loin de Pélima.La guerre de résistance de KABA contre la colonisation française (1914-1917), a laissé de nombreux vestiges dont certains sont encore merveilleusement conservés à ce jour. Il s’agit, entre autres, des constructions en pierres sèches qui abritaient les guerriers et leurs familles, des armes et autres objets de la vie quotidienne, des hauts-fourneaux qui servaient à fondre le minerai de fer pour forger les armes des combattants, des galeries que les artisans ont creusé pour extraire le minerai de fer à travailler. Pour comprendre et mieux apprécier l’importance de cette résistance qui est l’une des moins connues des résistances africaines, il n’y a rien de mieux que de se rendre sur l’un ou l’autre des sites de combat de ce qu’il est convenu d’appeler: La route de la résistance de KABA.

Marcus Boni Teiga

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